Santé et prévention

5 novembre 2026

Dépistage du cancer colorectal, ce que l’avenant 11 change pour les infirmiers

Avec l’avenant 11, l’infirmier peut remettre le kit de dépistage du cancer colorectal et coter l’acte RKD, facturable à partir du 6 novembre 2026. Chiffres clés, critères d’éligibilité, marche à suivre pas à pas et suivi des résultats : le point complet pour vos tournées.

Infirmière et patient

La remise du kit en main propre par l’infirmier est un levier pour améliorer la participation au dépistage. Depuis l’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux, l’infirmier peut remettre le kit de dépistage du cancer colorectal et coter l’acte RKD (3 €, plus 2 € si le test est réalisé), facturable à partir de novembre 2026.

Cet article fait le point sur le cancer colorectal, le programme national, les critères d’éligibilité et la marche à suivre, avec la vidéo officielle de l’INCa pour expliquer le test à vos patients.

Le cancer colorectal en chiffres

Le cancer colorectal est le 3e cancer le plus fréquent en France et la 2e cause de décès par cancer. Il touche les hommes comme les femmes, et 95 % des cas sont diagnostiqués après 50 ans.

47 582
nouveaux cas recensés en 2023

17 000
décès par an environ (Santé publique France)

9 sur 10
cas guéris lorsqu’il est détecté tôt

Son histoire naturelle explique l’intérêt du dépistage. Selon la HAS, 60 à 80 % des cancers colorectaux font suite à un adénome, un polype bénin qui évolue lentement et le plus souvent sans symptôme. Le dépistage permet de repérer un cancer à un stade précoce, avec des traitements plus légers, ou une lésion précancéreuse avant sa transformation.

Les facteurs de risque modifiables relèvent de la prévention primaire :

Tabac
Alcool
Surpoids
Sédentarité
Viande rouge et charcuterie
Alimentation pauvre en fibres

Le programme national de dépistage organisé

Le programme s’adresse aux femmes et aux hommes de 50 à 74 ans à risque moyen, c’est-à-dire sans symptôme et sans antécédent personnel ou familial de polype, de cancer ou de maladie inflammatoire de l’intestin. Il repose sur un test immunologique (FIT) à faire chez soi tous les 2 ans.

Le test recherche du sang humain invisible à l’œil nu dans les selles, à partir d’un seul prélèvement. Le kit et son analyse sont pris en charge à 100 %, sans avance de frais. Dans chaque région, le Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) envoie les invitations et assure le suivi.

30,7 %
de participation sur 2024-2025

45 %
seuil européen acceptable

​

La participation reste insuffisante (Santé publique France, mars 2026). Les infirmiers libéraux ont un rôle majeur à jouer pour faire progresser ce chiffre.

L’infirmier, acteur majeur du dépistage

L’infirmier est un maillon essentiel pour aller chercher les patients qui ne se font pas dépister. Avec l’avenant 11, ce rôle de prévention est désormais reconnu et rémunéré.

La proximité
L’infirmier libéral entre chaque jour au domicile de patients de 50 à 74 ans, y compris ceux qui consultent peu, sont isolés ou se déplacent difficilement. Ce sont souvent les personnes les plus éloignées du dépistage.

La confiance
La relation de soin installée au fil des passages facilite les échanges sur un sujet intime, souvent tabou : les selles, la peur du résultat ou de la coloscopie.

La remise en main propre
Elle change tout : selon l’INCa, 9 personnes sur 10 réalisent le test lorsqu’il leur est remis par leur médecin. L’infirmier peut obtenir le même effet en remettant le kit lui-même, avec des explications concrètes.

La relance
Les passages réguliers permettent de vérifier que le test a été fait, de relancer si besoin et de s’assurer qu’une coloscopie est programmée après un test positif.

La coordination
L’infirmier informe le médecin traitant par messagerie sécurisée et trace la remise dans le DMP. Le dépistage s’inscrit ainsi dans un parcours partagé.

L’éducation à la santé
La remise du kit est l’occasion de parler des signes d’alerte et des facteurs de risque : tabac, alcool, surpoids, sédentarité, alimentation.

Chaque kit remis et réalisé peut permettre de détecter un cancer à un stade où il se guérit 9 fois sur 10, ou d’éviter qu’un polype ne devienne un cancer.

L’avenant 11 et l’acte RKD

L’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux a été signé le 31 mars 2026 et approuvé par l’arrêté du 5 mai 2026 (JORF du 6 mai 2026). Son article 5.8 valorise la remise du kit de dépistage par l’infirmier et l’infirmier en pratique avancée (IPA). Leur mission est d’accompagner et de conseiller le patient pour qu’il réalise effectivement son test.

Élément Ce que prévoit l’avenant 11
Code acte RKD (acte traceur)
Patients concernés 50 à 74 ans inclus, éligibles au dépistage organisé
Remise du kit 3 € (coefficient 1,05 dans les DROM)
Test réalisé + 2 € par test, versés en une fois au 2e trimestre de l’année suivante
Prise en charge 100 % Assurance maladie
Date d’effet Facturable à partir du 6 novembre 2026
Commande des kits Espace Amelipro, 20 kits maximum par commande

Un suivi national est prévu : taux de kits remis par les infirmiers (kits remis / kits commandés) et taux de tests réalisés après une remise (tests réalisés / kits remis).

Qui peut recevoir le kit ?

L’éligibilité se vérifie avec l’auto-questionnaire de l’INCa, que le patient remplit, avec l’aide de l’infirmier si besoin. Le kit peut être remis aux personnes de 50 à 74 ans inclus, sans examen récent qui exclut le test, et sans risque élevé ou très élevé. Le patient peut avoir reçu ou non sa lettre d’invitation.

Quatre situations excluent le test immunologique (INCa, HAS) :

Situation Exemples Orientation
Symptômes évocateurs Sang rouge ou noir dans les selles ; douleurs abdominales récentes, persistantes ou inexpliquées ; troubles du transit récents et persistants ; syndrome rectal ; amaigrissement inexpliqué ; anémie ferriprive Médecin traitant, puis gastro-entérologue en vue d’une coloscopie
Risque élevé Antécédent personnel de cancer colorectal ou d’adénome ; parent au 1er degré atteint avant 65 ans (cancer ou adénome de plus de 10 mm), ou au moins 2 parents au 1er degré quel que soit l’âge ; maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique Surveillance par coloscopie
Risque très élevé Polypose adénomateuse familiale ; syndrome de Lynch (HNPCC) Chromocoloscopie et consultation d’oncogénétique
Examen récent Coloscopie totale de moins de 5 ans ; coloscanner seul, ou coloscopie incomplète suivie d’un coloscanner, de moins de 2 ans Pas de test pour l’instant
​

Un patient symptomatique ne doit pas faire de test : il doit consulter, car le test de dépistage n’est pas un outil de diagnostic. En cas de non-éligibilité, l’infirmier invite le patient à consulter son médecin traitant ou un autre médecin. Il ne remet pas de kit et ne cote donc pas RKD.

La marche à suivre pas à pas

L’article 5.8 de l’avenant 11 détaille les étapes de la remise du kit.

Avant tout : commander ses kits sur Amelipro

Les kits se commandent gratuitement sur votre espace professionnel Amelipro, avec vos identifiants habituels. Les kits commandés de cette façon arrivent pré-renseignés à vos coordonnées. Chaque commande est limitée à 20 kits. Vous pouvez aussi vous adresser au CRCDC de votre région.

​

Ayez toujours quelques kits dans votre sacoche : c’est ce qui permet de proposer le dépistage dès qu’une occasion se présente au domicile. Les kits peuvent déjà être remis, mais l’acte RKD n’est facturable qu’à partir du 6 novembre 2026.

Les étapes de la remise

1
Vérifier l’éligibilité
Avec l’auto-questionnaire de l’INCa.

2
Compléter la fiche d’identification du kit
Si le patient a sa lettre d’invitation, vérifiez son identité sur les étiquettes, collez la grande sur la fiche et la petite sur le flacon. Sinon, remplissez à la main la fiche et la petite étiquette, puis collez-la sur le flacon. Dans les deux cas, inscrivez à la main les coordonnées du médecin traitant ou du médecin destinataire des résultats.

3
Expliquer le prélèvement
Gratter la surface des selles avec la partie striée de la tige, qui doit être recouverte, refermer le flacon et noter la date du prélèvement sur l’étiquette.

4
Expliquer l’envoi
Flacon dans le sachet, avec la fiche, dans l’enveloppe pré-affranchie. Le test doit être posté sous 24 heures, jamais la veille d’un week-end ou d’un jour férié. Il reste analysable 7 jours après le prélèvement.

5
Vérifier la compréhension
Faire reformuler le patient et rappeler la date de péremption du kit.

6
Informer sur l’intérêt et les limites du dépistage
Et sur la conduite à tenir en cas de résultat positif.

7
Tracer et informer
Prévenir le ou les médecins destinataires par messagerie sécurisée, sauf opposition expresse du patient, et enregistrer la note de dépistage (annexe XII) dans le DMP s’il est ouvert.

8
Facturer l’acte traceur RKD
Via le logiciel métier.

La vidéo officielle du mode d’emploi

Pour accompagner l’explication, l’INCa propose une vidéo qui montre la réalisation du test, en version sous-titrée et en langue des signes (LSF), intitulée « Dépistage du cancer colorectal : mode d’emploi du test ». Vous pouvez la regarder avec le patient lors de la remise du kit, ou lui en laisser le lien.

Lors du passage suivant, l’infirmier vérifie que le test a été fait. Sinon, il rappelle l’importance du dépistage et cherche à comprendre les freins du patient : gêne, peur du résultat ou de la coloscopie, sentiment de ne pas être concerné.

Après le test : résultats et suivi

Le laboratoire adresse les résultats au médecin désigné et au CRCDC, et le patient les reçoit par courrier.

Résultat négatif (environ 96 % des cas)

  • Le test est à refaire dans 2 ans
  • Un test négatif n’exclut pas tout, car certains polypes ou cancers ne saignent pas au moment du prélèvement
  • En cas de symptôme entre deux tests, le patient doit consulter
Résultat positif (3 à 4 % des cas)

  • Un test positif ne signifie pas cancer, mais il impose de trouver l’origine du saignement
  • Le patient est orienté vers son médecin, puis vers un gastro-entérologue pour une coloscopie
  • Celle-ci retrouve un cancer dans environ 8 % des cas et un adénome avancé dans environ 40 % des cas
  • Sans coloscopie, le CRCDC relance le patient à 3 mois puis à 6 mois

L’infirmier a ici un rôle clé : rassurer, expliquer et vérifier que la coloscopie est bien programmée. Un test positif sans coloscopie reste un dépistage inachevé.

Formation Oncologie
Réactualisez vos connaissances en oncologie
Pour mieux accompagner vos patients sur la prévention et le dépistage, MEDEO Formation propose un parcours dédié pour réactualiser vos connaissances générales en oncologie.

Découvrir la formation

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’acte RKD ?

C’est l’acte traceur créé par l’avenant 11 pour valoriser la remise du kit de dépistage du cancer colorectal par l’infirmier ou l’infirmier en pratique avancée, auprès des patients de 50 à 74 ans inclus éligibles au dépistage organisé.

Combien est rémunérée la remise du kit ?

3 € pour la remise du kit (coefficient 1,05 dans les DROM), plus 2 € par test réalisé, versés en une fois au 2e trimestre de l’année suivante.

À partir de quand l’acte RKD est-il facturable ?

À partir du 6 novembre 2026. Les kits peuvent déjà être remis avant cette date, mais l’acte n’est facturable qu’à partir de là.

Qui peut recevoir le kit de dépistage ?

Les personnes de 50 à 74 ans inclus, sans symptôme, sans examen récent qui exclut le test, et sans risque élevé ou très élevé. L’éligibilité se vérifie avec l’auto-questionnaire de l’INCa. Le patient peut avoir reçu ou non sa lettre d’invitation.

Dans quels cas ne faut-il pas remettre de kit ?

En cas de symptômes évocateurs, de risque élevé ou très élevé, ou d’examen récent (coloscopie totale de moins de 5 ans, coloscanner dans certaines conditions de moins de 2 ans). L’infirmier invite alors le patient à consulter son médecin traitant ou un autre médecin, ne remet pas de kit et ne cote pas RKD.

Comment commander les kits de dépistage ?

Gratuitement sur l’espace professionnel Amelipro, avec ses identifiants habituels, dans la limite de 20 kits par commande. Il est aussi possible de s’adresser au CRCDC de sa région.

Dans quel délai le test doit-il être posté ?

Sous 24 heures, jamais la veille d’un week-end ou d’un jour férié. Le test reste analysable 7 jours après le prélèvement.

Que faire en cas de test positif ?

Un test positif ne signifie pas cancer, mais il impose de trouver l’origine du saignement : le patient est orienté vers son médecin, puis vers un gastro-entérologue pour une coloscopie. L’infirmier rassure, explique et vérifie que la coloscopie est bien programmée.

Sources : arrêté du 5 mai 2026 portant approbation de l’avenant n° 11 (Légifrance) ; Institut national du cancer (INCa), dépistage par test immunologique et vidéo « mode d’emploi du test » ; HAS, dépistage chez les sujets à risque élevé et très élevé (2017) ; Santé publique France, programme de dépistage organisé et données sur le cancer du côlon-rectum.

Dans cet article

Un conseiller répond à vos questions

Formation, financement, inscription : notre équipe vous accompagne et vous oriente vers la solution adaptée à votre situation.

Prendre rendez-vous

À lire également

Prêt à développer vos compétences ou celles de vos équipes ?

Nos conseillers vous accompagnent dans le choix de votre formation et vos démarches de financement.