La remise du kit en main propre par l’infirmier est un levier pour améliorer la participation au dépistage. Depuis l’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux, l’infirmier peut remettre le kit de dépistage du cancer colorectal et coter l’acte RKD (3 €, plus 2 € si le test est réalisé), facturable à partir de novembre 2026.
Cet article fait le point sur le cancer colorectal, le programme national, les critères d’éligibilité et la marche à suivre, avec la vidéo officielle de l’INCa pour expliquer le test à vos patients.
Le cancer colorectal en chiffres
Le cancer colorectal est le 3e cancer le plus fréquent en France et la 2e cause de décès par cancer. Il touche les hommes comme les femmes, et 95 % des cas sont diagnostiqués après 50 ans.
Son histoire naturelle explique l’intérêt du dépistage. Selon la HAS, 60 à 80 % des cancers colorectaux font suite à un adénome, un polype bénin qui évolue lentement et le plus souvent sans symptôme. Le dépistage permet de repérer un cancer à un stade précoce, avec des traitements plus légers, ou une lésion précancéreuse avant sa transformation.
Les facteurs de risque modifiables relèvent de la prévention primaire :
Alcool
Surpoids
Sédentarité
Viande rouge et charcuterie
Alimentation pauvre en fibres
Le programme national de dépistage organisé
Le programme s’adresse aux femmes et aux hommes de 50 à 74 ans à risque moyen, c’est-à-dire sans symptôme et sans antécédent personnel ou familial de polype, de cancer ou de maladie inflammatoire de l’intestin. Il repose sur un test immunologique (FIT) à faire chez soi tous les 2 ans.
Le test recherche du sang humain invisible à l’œil nu dans les selles, à partir d’un seul prélèvement. Le kit et son analyse sont pris en charge à 100 %, sans avance de frais. Dans chaque région, le Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) envoie les invitations et assure le suivi.
La participation reste insuffisante (Santé publique France, mars 2026). Les infirmiers libéraux ont un rôle majeur à jouer pour faire progresser ce chiffre.
L’infirmier, acteur majeur du dépistage
L’infirmier est un maillon essentiel pour aller chercher les patients qui ne se font pas dépister. Avec l’avenant 11, ce rôle de prévention est désormais reconnu et rémunéré.
Chaque kit remis et réalisé peut permettre de détecter un cancer à un stade où il se guérit 9 fois sur 10, ou d’éviter qu’un polype ne devienne un cancer.
L’avenant 11 et l’acte RKD
L’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux a été signé le 31 mars 2026 et approuvé par l’arrêté du 5 mai 2026 (JORF du 6 mai 2026). Son article 5.8 valorise la remise du kit de dépistage par l’infirmier et l’infirmier en pratique avancée (IPA). Leur mission est d’accompagner et de conseiller le patient pour qu’il réalise effectivement son test.
| Élément | Ce que prévoit l’avenant 11 |
|---|---|
| Code acte | RKD (acte traceur) |
| Patients concernés | 50 à 74 ans inclus, éligibles au dépistage organisé |
| Remise du kit | 3 € (coefficient 1,05 dans les DROM) |
| Test réalisé | + 2 € par test, versés en une fois au 2e trimestre de l’année suivante |
| Prise en charge | 100 % Assurance maladie |
| Date d’effet | Facturable à partir du 6 novembre 2026 |
| Commande des kits | Espace Amelipro, 20 kits maximum par commande |
Un suivi national est prévu : taux de kits remis par les infirmiers (kits remis / kits commandés) et taux de tests réalisés après une remise (tests réalisés / kits remis).
Qui peut recevoir le kit ?
L’éligibilité se vérifie avec l’auto-questionnaire de l’INCa, que le patient remplit, avec l’aide de l’infirmier si besoin. Le kit peut être remis aux personnes de 50 à 74 ans inclus, sans examen récent qui exclut le test, et sans risque élevé ou très élevé. Le patient peut avoir reçu ou non sa lettre d’invitation.
Quatre situations excluent le test immunologique (INCa, HAS) :
| Situation | Exemples | Orientation |
|---|---|---|
| Symptômes évocateurs | Sang rouge ou noir dans les selles ; douleurs abdominales récentes, persistantes ou inexpliquées ; troubles du transit récents et persistants ; syndrome rectal ; amaigrissement inexpliqué ; anémie ferriprive | Médecin traitant, puis gastro-entérologue en vue d’une coloscopie |
| Risque élevé | Antécédent personnel de cancer colorectal ou d’adénome ; parent au 1er degré atteint avant 65 ans (cancer ou adénome de plus de 10 mm), ou au moins 2 parents au 1er degré quel que soit l’âge ; maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique | Surveillance par coloscopie |
| Risque très élevé | Polypose adénomateuse familiale ; syndrome de Lynch (HNPCC) | Chromocoloscopie et consultation d’oncogénétique |
| Examen récent | Coloscopie totale de moins de 5 ans ; coloscanner seul, ou coloscopie incomplète suivie d’un coloscanner, de moins de 2 ans | Pas de test pour l’instant |
Un patient symptomatique ne doit pas faire de test : il doit consulter, car le test de dépistage n’est pas un outil de diagnostic. En cas de non-éligibilité, l’infirmier invite le patient à consulter son médecin traitant ou un autre médecin. Il ne remet pas de kit et ne cote donc pas RKD.
La marche à suivre pas à pas
L’article 5.8 de l’avenant 11 détaille les étapes de la remise du kit.
Avant tout : commander ses kits sur Amelipro
Les kits se commandent gratuitement sur votre espace professionnel Amelipro, avec vos identifiants habituels. Les kits commandés de cette façon arrivent pré-renseignés à vos coordonnées. Chaque commande est limitée à 20 kits. Vous pouvez aussi vous adresser au CRCDC de votre région.
Ayez toujours quelques kits dans votre sacoche : c’est ce qui permet de proposer le dépistage dès qu’une occasion se présente au domicile. Les kits peuvent déjà être remis, mais l’acte RKD n’est facturable qu’à partir du 6 novembre 2026.
Les étapes de la remise
La vidéo officielle du mode d’emploi
Pour accompagner l’explication, l’INCa propose une vidéo qui montre la réalisation du test, en version sous-titrée et en langue des signes (LSF), intitulée « Dépistage du cancer colorectal : mode d’emploi du test ». Vous pouvez la regarder avec le patient lors de la remise du kit, ou lui en laisser le lien.
Lors du passage suivant, l’infirmier vérifie que le test a été fait. Sinon, il rappelle l’importance du dépistage et cherche à comprendre les freins du patient : gêne, peur du résultat ou de la coloscopie, sentiment de ne pas être concerné.
Après le test : résultats et suivi
Le laboratoire adresse les résultats au médecin désigné et au CRCDC, et le patient les reçoit par courrier.
- Le test est à refaire dans 2 ans
- Un test négatif n’exclut pas tout, car certains polypes ou cancers ne saignent pas au moment du prélèvement
- En cas de symptôme entre deux tests, le patient doit consulter
- Un test positif ne signifie pas cancer, mais il impose de trouver l’origine du saignement
- Le patient est orienté vers son médecin, puis vers un gastro-entérologue pour une coloscopie
- Celle-ci retrouve un cancer dans environ 8 % des cas et un adénome avancé dans environ 40 % des cas
- Sans coloscopie, le CRCDC relance le patient à 3 mois puis à 6 mois
L’infirmier a ici un rôle clé : rassurer, expliquer et vérifier que la coloscopie est bien programmée. Un test positif sans coloscopie reste un dépistage inachevé.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’acte RKD ?
C’est l’acte traceur créé par l’avenant 11 pour valoriser la remise du kit de dépistage du cancer colorectal par l’infirmier ou l’infirmier en pratique avancée, auprès des patients de 50 à 74 ans inclus éligibles au dépistage organisé.
Combien est rémunérée la remise du kit ?
3 € pour la remise du kit (coefficient 1,05 dans les DROM), plus 2 € par test réalisé, versés en une fois au 2e trimestre de l’année suivante.
À partir de quand l’acte RKD est-il facturable ?
À partir du 6 novembre 2026. Les kits peuvent déjà être remis avant cette date, mais l’acte n’est facturable qu’à partir de là.
Qui peut recevoir le kit de dépistage ?
Les personnes de 50 à 74 ans inclus, sans symptôme, sans examen récent qui exclut le test, et sans risque élevé ou très élevé. L’éligibilité se vérifie avec l’auto-questionnaire de l’INCa. Le patient peut avoir reçu ou non sa lettre d’invitation.
Dans quels cas ne faut-il pas remettre de kit ?
En cas de symptômes évocateurs, de risque élevé ou très élevé, ou d’examen récent (coloscopie totale de moins de 5 ans, coloscanner dans certaines conditions de moins de 2 ans). L’infirmier invite alors le patient à consulter son médecin traitant ou un autre médecin, ne remet pas de kit et ne cote pas RKD.
Comment commander les kits de dépistage ?
Gratuitement sur l’espace professionnel Amelipro, avec ses identifiants habituels, dans la limite de 20 kits par commande. Il est aussi possible de s’adresser au CRCDC de sa région.
Dans quel délai le test doit-il être posté ?
Sous 24 heures, jamais la veille d’un week-end ou d’un jour férié. Le test reste analysable 7 jours après le prélèvement.
Que faire en cas de test positif ?
Un test positif ne signifie pas cancer, mais il impose de trouver l’origine du saignement : le patient est orienté vers son médecin, puis vers un gastro-entérologue pour une coloscopie. L’infirmier rassure, explique et vérifie que la coloscopie est bien programmée.
Sources : arrêté du 5 mai 2026 portant approbation de l’avenant n° 11 (Légifrance) ; Institut national du cancer (INCa), dépistage par test immunologique et vidéo « mode d’emploi du test » ; HAS, dépistage chez les sujets à risque élevé et très élevé (2017) ; Santé publique France, programme de dépistage organisé et données sur le cancer du côlon-rectum.